L’histoire du quartier de Sidi Elhouari :

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Sidi Elhouari constitue le noyau historique de la ville d’Oran, capitale de l’ouest Algérien.

L’histoire tourmentée de la ville, inscrite dans les lieux comme dans les pierres, témoigne le passage de quatre civilisations (andalouse, espagnole, ottomane et française) en un seul lieu. Nous voulons montrer dans cette partie la richesse patrimoniale du quartier et son développement dans le temps sans présenter les données sur l’évolution de la population, vu que ces données sont inaccessibles par internet et demande de nous une présence in situ. On peut restituer l’histoire du quartier sur quatre périodes.

23 Le Guide touristique de la yille.

Figure 6: le quartier de Sidi Elhouari.Source: réalisé à partir de googleMap.

(i) La fondation d’Oran en 903 :

Oran, Ouahran24 tel est le nom d’origine berbère que porta la petite bourgade fondée en 903.

Les marins andalous s’installèrent dans ce lieu pour sa nature géographique particulière. Etendu le long du ravin de Ras El Ain, et abritait des vents dominant par la montagne de Murdjadjou. La ville fût Conçue à l’image des villes arabo-musulmane de l’époque et entourée de murailles et on pouvait y accéder par le truchement de deux portes, la porte de Telemcen, et la porte de Canastel (encore debout). Sa morphologie était caractérisée par un dédale de ruelles convergentes vers une place centrale et comportait une citadelle (appelée aujourd’hui la Casbah) dominant la ville, siège du gouverneur et sa milice. La morphologie du terrain jouait un rôle important dans la composition urbaine. L’urbanisme fût additionnel et organique.

Figure 7 : la Casbah de Sidi El houari Aujourd’hui. Non classée. Source:
R.Moussaoui : 2008 : 3.

Figure 8 : Porte de Canastel. Classée.
Source: R. Moussaoui 2008 : 5.

24 Sa position géographique et sa qualité de place forte expliquent son étymologie de « lieu d’accès difficile » ou ouaer en arabe [R. Lespès : 2003 :41].

(ii) La période Espagnole et Turque entre 1505 et 1832 :

Oran fût conquise par les espagnols entre 1505 et 1708. L’aspect général de la ville ne fût pas changé, mais le caractère défensif, quant à lui, fût renforcé notamment avec la construction d’édifice à caractère militaire : le château neuf construit vers le nord du quartier, le fort saintphilippe, fort saint-andré et fort de Santa Cruz fondé au sommet de la montagne de Mourdjadjou. Quant à la casbah, ces muraille en pierre de terre furent remplacées en partie par la pierre taillée, et c’est à cette époque de l’histoire que fût édifiée la porte d’Espagne (1598, encore debout).

Figure 9 : La porte de Santon. Classée en 1953. Source:
R.Moussaoui 2008 : 6

Figure 11 : Tambour de San-Jose. Classée en 1952. Source:
R.Moussaoui 2008

Figure 13: le château neuf. Classé en 1952. Source:
Photos-algérie.fr25

Figure 10 : L’église de Saint-Louis. Classée en 1952.
Source: R.Moussaoui 2008 :

Figure 12 : Porte d’Espagne. Classée en 1906. Source:
K.Metair 2005 : 14.

Figure 14 : Ecusson espagnol. Classé en 1952. Source:
K.Métair : 2005 :9.

25 http://www.photos-algerie.fr/ORAN-LE-CHATEAU-NEUF-n-PA1134-c-3.html

Entre 1708 et 1732, les turcs sous le commandement du Bey Mustapha Bouchelaghem conquirent la ville mais ils ne parvinrent pas à faire des changements considérables mis à part l’introduction des arcades sur quelques édifices espagnoles et la transformation des anciennes églises et couvent en mosquées et synagogue [SBenkada : 2008] et la construction d’un vaste jardin à l’intérieur du château neuf, connu aujourd’hui sous l’appellation du <<promenade de l’étang >>.26

Figure 15 : Plais du Bey. Classé en 1952. Source:
R.Moussaoui 2008 :9.

Figure 16 : Mosquée du Pacha. Classée en 1954.
Source: R.Moussaoui 2008 :9.

Figure 17 : mosquée de la perle. Classée en 1900. Source: Figure 18 : La porte de Caravansérail et promenade de

R.Moussaoui 2008 :10. l’étang. Classés en 1952. Source : villedoran.com

Octobre 1790, un fort séisme frappa la ville et démolît une grande partie de la ville ce qui a permit au turcs de reprendre la ville jusqu’à 1831. Le bey Mohammed Elkébir étala la ville sur la partie droite du l’Oued El Rehi pour repeupler la ville sinistrée par le séisme. A la fin de ces périodes le noyau historique d’Oran était constitué, de la Blanca (qui comprend la Casbah) et le Petit Santon, qui est l’ancienne ville espagnole de la << Calère >> qui regroupait tous les bâtiments militaires et le quartier juif (en plus de la Casbah), construit après le séisme par les turcs.

26 << Les vastes jardins du Bey Bouchelaghem, furent intégrés dans le domaine public; mais, on leur garda néanmoins, le nom de «Huertas de los Bigotillos» (jardins du Moustachu), en allusion au Bey Bouchelaghem >> [S. Benkada : 2008].

(iii) La période française, de1832 à 1962 :

Les français ont urbanisé une grande partie du quartier de Sidi Elhouari et de la ville d’Oran en général. A leur arrivée, les français se sont installés dans la vieille ville, la Casbah (la Blanca), en reconvertissant et en construisant des bâtiments stratégiques comme en témoigne l’ex hopital Baudens. Mais avec le temps, la Casbah devint petite et non conforme au mode de vie des français qui décidèrent de construire, pas loin de la Casbah, un tissu régulier et ouvert et qui devint après le quartier Stalingrad. En 1845, cette même extension connut une opération d’envergure qui fût le recouvrement (voir schéma ci-dessous) de l’Oued El Rehi pour établir dessus un boulevard baptisé après Stalingrad, et autour duquel s’élevèrent de nombreux équipements (Mairie, Préfecture, trésor public et services communaux). Ce boulevard constitua un espace de convergence et de centralité de la ville d’Oran pendant plus d’un siècle. Par ailleurs, et dans la même période, les français réalisèrent la dernière extension de la cuvette de Stalingrad avec la construction du quartier des << indigènes >> (appelé Médina Jdida). Pour que, à partir de 1930, les aménageurs français se penchaient vers le vaste plateau d’Oran et les avantages qu’offrait son site facilement exploitable. De nouveaux bâtiments s’y installaient et les équipements de la centralité (hôtel de ville, théâtre) rebondissaient autour de la place d’Arme (place du1er novembre). De Gaulle intervint en 1959 par le fameux <<plan de Constantine>> qui a comme objectif la revalorisation des grandes villes algériennes par la construction d’importants établissements et de grandes infrastructures. De l’autre coté, Sidi Elhouari abandonné par les spéculateurs, stagna et commença à se replier sur lui-même, le quartier se dégrade et Stalingrade perd son attirance. La population Européenne <<bourgeoise>> décida de quitter le quartier pour occuper les nouveaux prestigieux quartiers de la ville (le front de mer), pour laisser Sidi Elhouari à une population Algérienne ou Espagnole n’ayant pas les moyens pour entretenir le patrimoine bâti.

Figure 19 : Profil schématique expliquant l’évolution historique du quartier. Source: Auteur.

Figure 20 : l’ancienne préfecture et le tramway d’Oran. Source:

pagesperso-orange.fr27 Figure 21 : le theâtre régional. Non classé.

Source : decouverte.algerie.free.fr

Figure 23 : l’extension de la ville vers l’Est dans

Figure 22: le trésor. Non classé. Source : pagesperso-orange.fr

les années 1950. Source: K.Metair : 8.

Il est à noté que dans cette période de la colonisation française, le quartier a connu un processus de classification des bâtiments à forte valeur patrimoniale (porte d’Espagne en 1906, la porte de Canastel et la porte du Santon en 1953, église Saint-Louis, le château Neuf, palais du bey et promenade de l’étang en 1952,mosquée de Pacha et la demeure de Bey hassan en 1954). Aujourd’hui, K.Metair (chargé d’urbanisme à la commune d’Oran) dans un article exposé dans le colloque international qui s’est tenu entre le 19 et le 21 octobre 2010, propose un projet de classement de tout le quartier de Sidi Elhouari.

(iv) La période d’après l’indépendance de 1962 à nos jours: Sidi Elhouari, un

quartier qui échappe à la réhabilitation?

Après l’indépendance, l’urbanisation de la ville d’Oran, continue à se développer sur le haut
plateau, vers l’Est, puisque la cuvette de Stalingrad s’est trouvée saturée à cause du massif de
Murdjadjou et l’installation des zones industrielle et la Sebkha(lac salé) au sud. Toute

27 http://pagesperso-orange.fr/roland.garcia/Photos%20Souvenirs.html

l’extension de la ville s’est faite en longueur vers l’Est. Pour guider et orienter la production des sol urbanisable, la ville a approuvé en 1977 son premier P.U.D (plan d’urbanisme directeur), mais il ne fût pas respecté et l’extension se développa rapidement et d’une façon anarchique. Par ailleurs, le quartier de Sidi Elhouari s’est trouvé isolé et le patrimoine bâti se dégrada d’une façon rapide. La ville d’Oran lança alors un POS (plan d’occupation du sol) en 1992, puis en 2002, puis un troisième en 2006, pour arrêter la dégradation du cadre bâti et réhabiliter le quartier, mais aucun de ces POS ne pouvait réussir ce projet qui parait, pour le moins, aux observateurs externes, comme une tâche aisée à finalité certaine. Mais le quartier ,pourtant riche en patrimoine historique, connait toujours (jusqu’à nos jours) une dégradation de son cadre bâti.

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