Lalla Badra, fille du Bey Boukabous

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L’histoire de la ville d’Oran, la cité de l’imam M’hamed Sidi El-Houari, fondée en l’an 902 par des marins andalous, alliés à des tribus locales est, en événements, anecdotes et récits fabuleux, liée aux périodes d’occupations successives, espagnole, ottomane et française. Les vieux Oranais aiment à relater ces contes, parfois fabuleux, qui meublent leurs rencontres interminables en des endroits que seuls eux connaissent, en retrait des bruits de la ville. Cette anecdote se situe bien après la libération d’Oran de l’occupation espagnole en 1792, par le bey Mohamed El Kebir et juste avant l’arrivée du corps expéditionnaire français en 1831, à l’époque où le dernier des beys, le bey Hassan siégeait dans la capitale du beylicat de l’Ouest. Il avait épousé la fille d’un ancien dignitaire d’Oran, Mohamed Er-Rekid, plus connu sous le sobriquet de bey Boukabous. Elle, c’est la ravissante Bedra, dont la réputation dépassait les murs d’enceinte du palais de « Bordj El-Ahmar » ou Château Neuf et que les Espagnols appelaient « Rosalcazar ». C’est une magnifique demeure qui a toujours constitué la résidence des gouverneurs espagnols et représentants de la Sublime Porte. Le seul témoignage sur la personnalité de cette créature est rapporté par l’historien Walsin-Esterhazy. Il parle ainsi de cette femme : « Elle avait hérité du caractère altier et intraitable de son père et était redoutée à l’excès par son mari. Dans ce pays où la femme était réduite au statut d’esclave, Bedra était parvenue à conquérir son indépendance. Elle marchait toujours, dit-on, avec un yataghan (une sorte de dague à la lame recourbée) en or finement ciselé et une paire de pistolets accrochés à la ceinture ». On la suivait discrètement du regard quand elle sortait de son pavillon, hors des murailles du palais pour déambuler à travers les chemins escarpés, en contrebas de la mosquée du Pacha et rejoindre la Place de la Perle, tout près du mausolée de Sidi El-Houari, ou traverser la grande Allée des Jardins. On raconte qu’elle avait la démarche d’une gazelle que rehaussaient ses beaux habits de satin et de soie et dont les contours de son corps voluptueux se devinaient dans le moule, un kaftan cousu de fil d’or. Bedra n’était pas une femme à se laisser faire. « On rapporte, qu’un jour, elle poignarda et, ce, dans le lit de son mari, le Bey Hassan, une esclave que celui-ci avait rachetée. Elle prélevait sur les prix des gandouras des caïds qui arrivaient au pouvoir la somme de mille  »rials boudjous ». Cependant, elle employait généreusement l’argent qu’elle prélevait de cette redevance, rapportent des témoins avérés. Bedra était une femme de cœur, dit-on, et elle faisait beaucoup de bien aux gens malheureux, envoyant souvent de magnifiques cadeaux au harem de Hussein Pacha. » Mais qui était l’époux de Bedra ? En fait, le bey Hassan fut le dernier bey à céder la ville d’Oran aux forces françaises d’occupation en 1831. Un bref rappel historique éclairera davantage la personnalité de cet homme. Après la mort, dans des conditions atroces, du bey Mohamed Er-Rekid, surnommé bey Boukabous, pour avoir abattu froidement un pauvre homme qui lui présentait une requête, raconte-t-on, il fut puni par le Pacha et écorché vif, puis décapité. Le dey d’Alger fit nommer à la tête du beylik d’Oran Kara Baghli, gendre du bey Mohamed El-Kebir, le libérateur d’Oran de l’occupation espagnole. Le bey Kara Baghli était un homme énergique qui, après avoir réprimé quelques soulèvements des tribus hostiles à l’autorité ottomane, gouvernera avec sagesse. Les témoignages écrits relèvent que le bey était aimé des populations locales. Mais le dey d’Alger n’approuvait pas cette situation. Il le convoqua et le fit étrangler. Celui qui lui succéda fut le bey Hassan. Il exercera l’autorité pendant douze années. C’est l’ancien cuisinier du bey Ben Othmane, puis marchand de tabac dans une boutique adossée à la mosquée du Pacha que l’on peut apercevoir de nos jours au bas de la rue de Phillipe. A Oran, on le soupçonnait de ne pas avoir été étranger à la disgrâce de ses prédécesseurs. D’ailleurs, c’est le Bey Hassan qui mit en résidence surveillée dans la « Maison de la Treille » (Dar El Arich), à Sidi El-Houari, Hadj Mohieddine avec son fils, le futur Emir Abdelkader. Soupçonneux, il s’est taillé une sale réputation en faisant étrangler son gendre qui aspirait à lui succéder.

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